Nikola Karabatic, l'arrière de l'équipe de France, n'a qu'une envie : gommer de sa mémoire la frustration de la demi-finale mondiale perdue à Cologne face à l'Allemagne et passer à autre chose. Comme décrocher la médaille de bronze avant de retourner dans son club, à Kiel outre-Rhin...
Comment expliquez-vous les polémiques récurrentes visant l'arbitrage dans votre discipline ?
N.K. : Des exemples, il y en a à la pelle parce que le hand est presque le seul sport où un arbitre peut décider de la tournure du match. Le même match qu'hier, avec les mêmes actions, si on le mettait dans un autre pays que l'Allemagne, on le gagne de cinq à dix buts, c'est clair. Il y a tellement de décisions, et pas que des décisions flagrantes. Par exemple, hier, on s'est tapé presque tout le match en refus de jeu. Au bout de vingt secondes en attaque ou de notre première action, les arbitres ont levé le bras. Derrière on devait prendre des shoots en position difficile. Un arbitre peut vraiment faire la pluie et le beau temps sur un terrain de handball. Mais quand on a commencé ce sport, on le savait déjà. On ne va pas se plaindre de ça, ça a toujours été le cas, ça ne changera pas. Il va falloir vivre avec ça.
La question de l'arbitrage mise à part, l'équipe de France n'a-t-elle rien eu à se reprocher durant la demi-finale ?
N.K. : Malgré tout ça, on a quand même eu deux, trois occasions de remporter la demi-finale, je pense surtout à la 60e minute ou on a une défense pour ne pas encaisser le but égalisateur et remporter le match. On a trente secondes pour défendre comme des acharnés et on n'a pas réussi à le faire. Il y a de l'injustice quelque part, mais il n'y a pas que ça. On a eu quand même quelques occasions, ça aussi ça fait un petit peu mal.
Cette défaite est-elle votre plus grosse déception en sélection ?
N.K. : Quand on avait perdu aux JO à Athènes contre la Russie en quart de finale, ça avait été un moment très douloureux et on avait tous, moi aussi, beaucoup de mal à le mettre derrière. Ça avait traîné très longtemps. Le pire est de rester sur un sentiment comme celui-là. Là, j'ai vraiment envie de passer à autre chose, de ne pas penser à ça, de ne pas ressasser ce match-là et ces mauvais souvenirs. Ça passe par le match contre le Danemark. Réussir à obtenir la médaille de bronze serait déjà un pas vers la rédemption, vers l'oubli. On a aussi les JO, ce serait vraiment une grosse guérison de faire un résultat aux JO.
Redoutez-vous le retour au club de Kiel avec vos équipiers allemands ?
N.K. : Ils ont conscience de ce qui s'est passé, que les arbitres ont bien penché du côté allemand, qu'il y a eu une grosse injustice sur ce match-là. Donc je ne pense pas que les joueurs vont nous brancher, ce serait très mauvais et très culotté de leur part. Je n'apprécierais pas. Mais même les Allemands que j'ai eus au téléphone m'ont dit que c'était une des plus grosses injustices de l'histoire du hand. Même eux reconnaissent ça. Le retour se passera bien, encore mieux si on revient avec une médaille de bronze.
Comment allez-vous aborder le match pour la médaille de bronze face au Danemark ?
N.K. : On l'aborde avec beaucoup d'humilité, on sait que les Danois sont dans la même position que nous, ils ont perdu aussi en prolongations. Ils auront aussi à coeur de remporter cette médaille de bronze, je pense qu'ils sont aussi tristes et vont vouloir effacer leur déception. Ce sont des matches un peu particuliers, les deux équipes restent sur des défaites, elles sont très déçues et ce n'est pas forcément la meilleure équipe qui gagne. C'est celle qui en a le plus envie et celle qui s'est le mieux remise de l'échec précédent. On n'aborde pas ce match sans crainte. On a battu les Danois en préparation, ils nous ont battus aussi, ça va être un match très difficile à gagner.